L’arrêt du 6 janvier 2026 de la Chambre criminelle de la Cour de cassation (pourvoi n° 24-81.212) est une décision importante à connaître si vous êtes un professionnel ayant signé un contrat de location de matériel (photocopieur, site internet, défibrillateur…) proposé par un commercial venu directement dans votre cabinet ou votre entreprise. Cette décision clarifie vos droits et les obligations des sociétés de financement comme Locam.


I. Contrats de location financière : quelles règles s’appliquent ?

Le droit de la consommation peut protéger les professionnels

En France, le Code de la consommation prévoit des protections pour certains contrats signés en dehors d’un magasin ou d’un établissement commercial — ce qu’on appelle les contrats conclus hors établissement (par exemple, chez vous, dans votre cabinet, ou lors d’un démarchage à domicile).

Ces protections s’appliquent aussi aux petits professionnels, pas seulement aux particuliers. Mais il existe une exception importante : les services financiers (comme les crédits bancaires) sont exclus de ce régime protecteur, car ils obéissent à des règles spécifiques.

La question clé : location ou crédit ?

Tout l’enjeu juridique tourne autour d’une question simple : un contrat de location de matériel sans option d’achat est-il un service financier ?

Si oui, les protections du Code de la consommation ne s’appliquent pas. Si non, le professionnel bénéficie notamment d’un droit de rétractation de 14 jours, d’une obligation d’information renforcée, et d’autres garanties importantes.

Cette question concerne particulièrement les petits professionnels (médecins, kinésithérapeutes, orthophonistes, artisans…) qui signent parfois des contrats de location de longue durée sans en mesurer pleinement les conséquences.


II. Ce que dit la Cour de cassation — et pourquoi c’est une avancée majeure

Une décision alignée sur le droit européen

Pour trancher, la Cour de cassation s’est appuyée sur un arrêt récent de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 21 décembre 2023. Cette juridiction européenne avait clairement établi que les contrats de location sans option d’achat doivent être considérés comme des contrats de service ordinaires, et non comme des services financiers — à condition que l’objet principal du contrat soit bien la location du bien, et non un financement.

L’absence d’option d’achat : le critère décisif

La Cour de cassation confirme que les contrats proposés par la société Locam — qui ne prévoyaient aucune possibilité d’acheter le matériel à la fin du contrat — ne sont pas des opérations de crédit au sens du Code monétaire et financier.

Pourquoi ? Parce que dans un vrai crédit, l’emprunteur assume la valeur du bien et peut en devenir propriétaire. Ici, le locataire rend simplement le matériel à la fin : il n’y a donc ni crédit, ni service financier.

💡 En clair : pas d’option d’achat = pas un service financier = protections du Code de la consommation applicables.

L’agrément de l’ACPR ne change rien

La société Locam est agréée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), l’organisme qui surveille les banques et les assurances. Elle en avait tiré argument pour se soustraire au droit de la consommation. La Cour de cassation rejette cet argument : le fait d’être agréé par l’ACPR ne transforme pas un contrat de location en service financier.

Une protection étendue aux petits professionnels

La Cour valide également l’application de l’article L. 221-3 du Code de la consommation aux professionnels concernés, sous deux conditions :

  • Avoir moins de 5 salariés
  • Avoir signé un contrat portant sur quelque chose qui ne relève pas de votre cœur de métier

Ainsi, un médecin qui loue un photocopieur, un kinésithérapeute qui souscrit un contrat pour un site web, ou un orthophoniste qui signe pour un défibrillateur : aucun de ces équipements ne constitue leur activité principale. Ils peuvent donc bénéficier des mêmes protections qu’un consommateur ordinaire.


III. Ce que cette décision change concrètement pour vous

Des droits renforcés pour les petits professionnels démarchés

Si vous avez signé un contrat de location de matériel hors établissement (lors d’un démarchage commercial) et que vous remplissez les conditions ci-dessus, vous bénéficiez de :

  • Un droit de rétractation de 14 jours après la signature
  • Une obligation d’information complète de la part du prestataire
  • L’interdiction pour le prestataire d’encaisser un paiement avant l’expiration de ce délai de 14 jours

Locam condamnée à 1,2 million d’euros d’amende

La portée de cette décision se mesure aussi à la sévérité des sanctions. La société Locam a été condamnée à une amende de 1,2 million d’euros pour :

  • Pratiques commerciales trompeuses
  • Encaissement de paiements avant la fin du délai de rétractation
  • Non-remise d’un exemplaire conforme du contrat au client

Ces sanctions illustrent à quel point les manquements à ces règles sont sérieusement pris en compte par les tribunaux.

Un signal fort pour tout le secteur de la location financière

Au-delà de Locam, cette décision concerne toutes les sociétés qui proposent des contrats de location de matériel à des professionnels. Elles doivent désormais revoir leurs pratiques commerciales et contractuelles pour se conformer au droit de la consommation.

Pour les professionnels, c’est la reconnaissance d’une réalité : un petit chef d’entreprise ou un professionnel libéral peut se retrouver dans une situation de vulnérabilité face à un commercial aguerri, et mérite à ce titre une protection comparable à celle d’un consommateur.


Conclusion : vos droits face aux contrats de location abusifs

L’arrêt du 6 janvier 2026 est une avancée concrète pour tous les petits professionnels victimes de démarchage commercial abusif dans le cadre de contrats de location de matériel. Il établit clairement que :

✅ Un contrat de location sans option d’achat n’est pas un service financier

✅ Le Code de la consommation s’applique, notamment le droit de rétractation de 14 jours

✅ Les pratiques trompeuses sont lourdement sanctionnées

✅ La vulnérabilité des petits professionnels est reconnue par les tribunaux

Vous avez signé un contrat de location de matériel lors d’un démarchage ? Vous pensez ne pas avoir reçu toutes les informations nécessaires avant de signer ? Cette décision vous offre peut-être des arguments juridiques solides pour contester ce contrat. N’hésitez pas à consulter un professionnel du droit pour analyser votre situation.